La Clef Verte vs Ecolabel Européen : Qui joue vraiment la carte verte ?

Labels écolos : entre premiers pas et performance durable. Jouez au jeu des 6 différences.

L’essor du tourisme durable incite les acteurs du secteur à adopter des labels environnementaux valorisant leurs engagements écologiques. Parmi ces labels, l’Ecolabel Européen et la Clef Verte se distinguent largement. Bien que partageant un objectif commun, ces deux certifications se distinguent par leurs bases réglementaires, leur niveau d’exigence environnementale, leur démarche de certification et les stratégies économiques et opérationnelles des professionnels qui les choisissent. Ces différences soulignent l’importance de bien comprendre ces labels pour orienter ses choix en matière de développement durable.

Cet article détaille les différences fondamentales entre ces deux labels au regard de(s) :
• la réglementation européenne (Règlement (CE) n°66/2010 et exigences en matière de Green Claims)
• la norme ISO 14024 :2018 (labels de type I)
• résultats de l’étude comparative de l’ADEME (2020)
• la perception des professionnels et des consommateurs (basée sur l’expérience de terrain des consultants de The Swarm Initiative en absence d’études chiffrées).

  1. Cadre réglementaire européen et conformité à ISO 14024:2018

Ecolabel Européen
L’Ecolabel Européen est la seule certification environnementale pour les hébergements touristiques encadrée par les pouvoirs publics via le Règlement (CE) n°66/2010 et conforme à la norme ISO 14024:2018 sur les labels de type I. Bien que cet aspect puisse sembler abstrait pour les professionnels de terrain, il constitue un critère important dans les démarches de sourcing des acheteurs, en particulier pour les entreprises engagées dans une politique RSE et attentives à l’impact des leurs activités.

La norme ISO 14024:2018 impose :
• Des critères environnementaux rigoureux, fondés sur une analyse scientifique de l’impact environnemental.
• Une évaluation indépendante par un organisme certificateur accrédité.
• Une transparence des critères, des résultats et des processus de certification.

Clé Verte
La Clef Verte est un label volontaire géré par la Foundation for Environmental Education (FEE). Bien qu’il s’appuie sur des critères écologiques ambitieux, il ne répond pas aux exigences de la norme ISO 14024:2018. Son processus de certification repose sur des audits internes et externes, validés par des comités nationaux. Contrairement à des labels respectant la norme ISO 14024, ces comités ne sont pas assimilables à des organismes certificateurs accrédités tels que AFNOR, ce qui implique des exigences de vérification moins strictes.

Synthèse : L’Ecolabel Européen est réglementé, reconnu officiellement et conforme à ISO 14024, garantissant une plus grande transparence dans le processus de certification. La Clef Verte, bien que reconnue par les professionnels du secteur, adopte une approche plus souple et moins encadrée d’un point de vue réglementaire. En 2025, près de 2 500 établissements étaient certifiés Clef Verte en France, contre environ environ 300 pour l’Ecolabel Européen. Cette différence illustre deux approches qui semblent distinctes : d’un côté, une diffusion plus large et accessible avec la Clef Verte ; de l’autre, une certification plus exigeante avec l’Ecolabel Européen portant davantage sur un marché de niche.

2. Critères environnementaux et performance

Axes évaluésEcolabel EuropéenClé Verte
Encadrement réglementaireEncadré par le Règlement (CE) n° 66/2010 de l’UE. Reconnu comme le label environnemental officiel européen.Développé par la Foundation for Environmental Education (FEE) et appliqué par Teragir en France.
Approche méthodologiqueFondé sur une analyse du cycle de vie (ACV) qui évalue l’impact environnemental du produit ou du service à toutes les étapes de son cycle de vie.Basé sur une gestion environnementale globale, avec une approche pédagogique et évolutive adaptée à chaque structure.
Domaines couvertsGestion de l’énergie, de l’eau, des déchets, produits écologiques, biodiversité, sensibilisation client, politique d’achats responsables.Proche de l’Ecolabel Européen, avec certains critères plus souples et plus adaptés aux capacités locales.
Critères chiffrés et mesurablesDes objectifs de saisie et suivi en matière de consommation d’eau, d’énergie et de production de déchets sont imposés.L’approche inclut une dimension quantitative avec la saisie de données de consommation et l’attente d’un suivi annuel. Proche de l’EU Ecolabel.
Exigences de performanceObligatoire : les établissements doivent prouver des résultats mesurables et une réduction concrète de leur impact environnemental.Engagement volontaire avec des objectifs définis en fonction des capacités de l’établissement.
Organisme de certificationVérification par des organismes accrédités et indépendants comme AFNOR en France.Validation des dossiers assurée par les comités nationaux sous la supervision de la FEE. En France, il s’agit d’un jury externe composé d’un groupe d’experts de l’industrie touristique et de l’environnement.
Vérification et auditsAudits indépendants obligatoires, avec contrôles réguliers (tous les 2 ans). AFNOR en France.Audits internes et externes, avec des contrôles plus souples selon les pays (évaluation tous les ans). En France, les audits sont principalement réalisés par des conseillers CCI formés par Teragir, mais peuvent aussi être menés par des consultants qualifiés Clef Verte.
Obligation d’utilisation de produits éco-certifiés ISO 1Oui : les produits d’entretien, les détergents et les équipements doivent répondre à des standards écologiques précis.Encouragé, mais des produits ISO de niveau 2 sont permis.
Réduction des émissions carboneDes objectifs de réduction de l’empreinte carbone sont exigés et intégrés dans les critères, avec des obligations précises pour les établissements certifiés.Réalisation obligatoire d’un bilan carbone sans exigence explicite de résultats chiffrés, bien que plusieurs actions recommandées par le label contribuent indirectement à la réduction des émissions.
Sensibilisation des clientsObligatoire : les établissements doivent sensibiliser activement leur clientèle aux bonnes pratiques environnementales.Obligatoire, mais avec moins d’exigences formelles dans la mise en œuvre.
Budget totalAudit de certification (terrain + documentaire) : 695 € – 1 635 € + Droit d’usage (TPE ou PME) : 220 € – 750 € (le tout est pris en charge par l’ADEME entre 70 et 80% pour les PME, avec un reste à charge de 500€ maximum)
• Année N : Admission + audit + droit d’usage
• Année N+1 : Droit d’usage uniquement
Année N+2 : Audit de suivi + droit d’usage
Accompagnement en première année par des cabinets de conseil et coûts de formation des équipes (Pris en charge par l’ADEME entre 70% et 80% pour les PME, reste à charge de 2400€ maximum)
• Coûts de travaux éventuels + temps passé par l’équipe de l’hôtel
Coûts d’audit terrain : 395 € – 495 € HT (1ère et 2ème année, puis tous les 3 ans)
Coûts annuels de participation comprenant étude du dossier, accompagnement et valorisation du label : 160 € –
1 700 € HT
Coûts de formation du responsable environnement (financement possible
par les OPCO
• Accompagnement parfois financé partiellement dans certaines régions (contacter Teragir)
• Coûts de travaux éventuels + temps passé par l’équipe de l’hôtel

Synthèse : L’Ecolabel Européen adopte une approche basée sur des seuils de performance définis dès le départ pour chaque critère, offrant un cadre normatif et structuré pour les hôteliers. Son coût de certification est plus élevé (entre 1 500 € et 2 900 € après aides publiques), mais les PME peuvent bénéficier de subventions ADEME couvrant jusqu’à 80% des frais pour les petites entreprises et 70% pour les moyennes.

La Clef Verte propose un référentiel proche mais plus flexible dans son application, privilégiant une démarche progressive. Son coût va de de 555 € à 2 195 € selon la taille de l’établissement.

3. Processus de certification et de contrôle

Ecolabel Européen
• Audit indépendant obligatoire par un organisme accrédité.
• Contrôles réguliers (tous les 2 ans) assurant le respect durable des engagements.
• Obligation de prouver des performances environnementales quantitatives.

Clé Verte
• Audit interne et externe assuré des conseillers CCI formés par Teragir ou par des consultants qualifiés Clef Verte, puis validation par les comités nationaux.
• Renouvellement annuel reposant sur un engagement à améliorer ses pratiques environnementales de manière progressive.
• Processus d’attribution plus souple et accessible que l’Ecolabel Européen.

Synthèse : L’Ecolabel Européen impose des contrôles indépendants, assurant une évaluation rigoureuse des engagements environnementaux au regard de son référentiel. En comparaison, la Clef Verte offre des critères et une évaluation plus souple, réalisée sur des étapes successives par des experts Clef Verte (internes ou issus des CCI) puis des spécialistes du secteur touristique (Jury), qui apprécient la pertinence des actions mises en œuvre par les candidats.

4. Analyse des impacts environnementaux selon l’ADEME

L’étude comparative de 2020 de l’ADEME révèle que :
• L’Ecolabel Européen assure de meilleures performances environnementales, notamment en termes de réduction des consommations d’énergie, d’eau et de production de déchets.
• La Clef Verte sensibilise les établissements aux enjeux environnementaux et les incite à engager une transition écologique. Toutefois, selon nos retours d’expérience, la flexibilité dans l’application des critères entraîne des disparités dans les pratiques et les résultats, rendant plus difficile la comparabilité entre établissements.

Synthèse ADEME : L’Ecolabel Européen présente un impact environnemental plus fort et mesurable, tandis que la Clef Verte offre une approche pédagogique et davantage accessible aux structures plus petites et/ou souhaitant faire les premiers pas dans une démarche de management environnemental.

5. Conformité aux exigences des « Green Claims »

Les Green Claims font référence aux déclarations environnementales volontaires utilisées pour promouvoir les caractéristiques écologiques d’un produit ou service. La directive européenne Green Claims Directive, adoptée en mars 2024 et prévue pour entrer en vigueur en 2027, vise à garantir la fiabilité et la transparence de ces allégations afin de lutter contre le greenwashing.

Principaux objectifs de la directive Green Claims

La directive impose :
• Des preuves scientifiques rigoureuses : les entreprises devront fournir des éléments concrets et vérifiables pour justifier leurs allégations environnementales.
• Une vérification indépendante obligatoire : toute déclaration écologique devra être validée par un organisme accrédité avant publication.
• Des règles spécifiques pour les labels environnementaux afin de garantir leur fiabilité.

Implications pour les labels environnementaux
L’Ecolabel Européen : Grâce à sa rigueur scientifique, son encadrement réglementaire et sa vérification indépendante, il est déjà aligné avec les exigences de la directive Green Claims.
La Clef Verte : En tant que label privé reposant sur des critères plus souples et des contrôles réalisés sans recours à des organismes accrédités, la Clef Verte pourra être amenée à renforcer ses procédures de vérification pour répondre pleinement aux exigences européennes en matière de Green Claims.

Conséquences pour les acteurs du tourisme
Les entreprises touristiques devront s’assurer que les labels auxquels elles adhèrent sont conformes à cette directive afin d’éviter des sanctions et de préserver leur crédibilité.
Les consommateurs bénéficieront de garanties renforcées sur la fiabilité des déclarations environnementales, renforçant la transparence du marché.

En résumé, l’Ecolabel Européen satisfait déjà aux futures normes des Green Claims grâce à son cadre réglementaire strict et à ses critères rigoureux. En revanche, la Clef Verte pourra être amenée à adapter son processus de certification pour s’aligner avec ces exigences, ce qui obligera à un renforcement de son organisation, de ses ressources humaines et peut-être de sa gouvernance. Cette évolution pourra impliquer une hausse des coûts de certification et des exigences accrues pour les établissements certifiés, en particulier ceux présentant un niveau de maturité encore éloigné des standards d’un label ISO de niveau 1 tel que l’Ecolabel Européen.

6. Perception des deux labels par les professionnels et les consommateurs

Perception des professionnels

Ecolabel Européen : Reconnu pour sa rigueur et son efficacité en matière de réduction de l’impact environnemental, l’Ecolabel Européen est particulièrement apprécié par les professionnels souhaitant valoriser la durabilité de leurs produits ou services. Toutefois, sa complexité et ses exigences élevées peuvent représenter un frein, notamment pour les petites structures qui disposent de moyens plus limités pour répondre à ces standards rigoureux.

Clé Verte : Plus facilement accessible, la Clef Verte est souvent perçue comme une solution idéale pour initier une démarche environnementale progressive. Elle séduit particulièrement les acteurs locaux et les petites structures. Toutefois, plus récemment elle a attiré de plus en plus de grandes entreprises et de marques hôtelières importantes désireuses d’afficher leurs avancées en matière de durabilité afin de démontrer leurs efforts en termes de RSE.

Perception des consommateurs

Ecolabel Européen : L’Ecolabel Européen bénéficie d’une reconnaissance étendue à travers l’Europe et jouit d’une solide réputation. Avec près de 100 000 produits certifiés dans divers secteurs, il inspire confiance aux consommateurs sensibles aux démarches environnementales exigeantes et vérifiées.

Clé Verte : Bien identifié en France et variablement connu à l’international. Sa notoriété est importante auprès des professionnels.

Synthèse : L’Ecolabel Européen bénéficie d’une forte reconnaissance institutionnelle et inspire confiance aux consommateurs sensibles aux enjeux environnementaux. Bien que La Clef Verte soit bien connue des professionnels du secteur touristique, sa notoriété auprès des consommateurs finaux reste plus limitée.

Conclusion et recommandations

L’Ecolabel Européen convient particulièrement aux hébergements recherchant une certification officielle, exigeante et reconnue des consommateurs européens. Il permet de se différentier tout en générant des bénéfices environnementaux et économiques dans la gestion de l’établissement.

La Clef Verte représente une solution plus accessible pour les établissements débutant une démarche écologique ou répondant à des attentes externes pour obtenir une certification environnementale, tout en adoptant une approche plus flexible en termes d’engagement durable.

D’un point de vue prospectif, le renforcement des exigences européennes en matière de Green Claims invite les hébergements touristiques à considérer cette analyse comparative dans leur choix de label, car les normes et les marchés évoluent en faveur d’une plus grande exigence vis-à-vis des labels environnementaux. Les plus grandes incertitudes résident dans la capacité de la Commission européenne à faire respecter la nouvelle réglementation sur les allégations environnementales trompeuses et dans l’aptitude de la Clef Verte à atteindre les standards d’un label ISO de type I pour éviter tout risque de greenwashing.

Notre conviction est que chacun de ces labels joue un rôle complémentaire dans la transition écologique des hébergements :

• La Clef Verte agit comme un déclencheur, incitant les établissements à amorcer leur démarche environnementale.

• L’Ecolabel Européen, plus exigeant, assure un cadre rigoureux de gestion des opérations, garantissant à la fois des bénéfices environnementaux mesurables et des gains économiques concrets.

Ces deux labels répondent ainsi à des besoins distincts mais complémentaires dans la montée en puissance de la durabilité dans le secteur touristique.

Faites votre choix !

Si l’Ecolabel européen est aligné avec vos ambitions, contactez-nous dès aujourd’hui et faites la différence !

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